Bien qu'une grande partie de tout ça soit enraciné dans mes propres névroses obsessionnelles, je sais que le problème va bien plus loin que ça, bien plus loin que que ma petite personne. Après tout, on a tous envie de se sentir chez soi, ou même simplement de vivre quelque part qu'on ne déteste pas activement. Ou, la flambée des fidèles et les arrangements ridicules auxquels est confrontée notre génération ont fait de ce besoin un vrai luxe, un eldorado qu'on poursuit tous les jours et qui semble s'éloigner toujours plus à mesure qu'on s'en rapproche. Forcément, cette situation de crise s'accompagne d'une fascination pour la déco, l'architecture et quelque part aussi par notre passion pour les voyages, l'ailleurs. Une asymétrie qui se voit particulièrement bien sur Instagram, où les déco amoureux et autres chineurs de brocante populent comme des petits pain.

Dans un épisode de Decoder Ring d'ailleurs (le podcast mensuel de Slate qui déconstruit les mystères de notre société), Willa Paskin explore l'essor des coussins décoratifs et commente cet objet apparemment inutile est devenu omniprésent dans l'imagerie de la déco d 'intérieur. Et même si plusieurs forces entrent en jeu (y compris le capitalisme, les concepteurs et les émissions télé, mais pas que), Willa souligne que le besoin de se concentrer sur son lieu de vie coïncide souvent avec les bouleversements politiques et culturels . Ce n'est pas un hasard si les oreillers décoratifs sont apparus pour la première fois dans les maisons victoriennes de la classe moyenne pendant la révolution industrielle, une période de chaos culturel, pour connaitre un nouveau boom… aujourd'hui. Quoi qu'on en dise, nous sommes de plus en plus attachés à notre intérieur, on veut que notre appartement / maison / chambre nous procurons un sentiment de confort, de sécurité et nous voulions autant que possible, un peu comme les ados qui recouvrent leurs murs de posters de leurs stars préférées. Et ce, parce que tous les marqueurs de l'âge adulte tels que la stabilité, la retraite et l'accès à la propriété sont fait la malle. En d'autres termes, et comme disent souvent les réac, "tout fout le camp" (pardon pour cet emprunt).